mardi 19 août 2014

Le temps qui passe et le temps qu'il fait

 
Et voilà...
Et voilà, Août n'est pas fini, mais ça commence à sentir la fin, quand même. Vous ne trouvez pas?
Ici, les valises sont rangées, we're back, les derniers flacons de monoï côtoient les cartables dans les grandes surfaces (curieux contraste d'odeurs!), et même les pantalons sont ressortis.
La météo capricieuse y est pour quelque chose... Ah, il fait parler, ce ciel un peu gris, ah, elles occupent les conversations, ces températures un peu basses. Pas chez vous?
Tout le monde s'en lamente. C'est si agréable quand une voix s'en réjouit.
Cela me rappelle une histoire...
Vous la voulez?

...

C'est un joli matin d'automne.
Il y a un drôle d'oxymore dans cette phrase, et d'aucuns me rétorqueront que les matins d'automne rechignent souvent à être jolis. Comme s'il était dans les lignes de leurs mains nuageuses de peser lourd, comme s'il était de leur vocation mi-grise, mi-pourpre, d'appeler à la mélancolie.
Pourtant, il y a du joli dans l'automne, il y a du beau dans la vie qui décline. Il y a du tendre admirable dans la nostalgie inhérente à ces frileuses atmosphères, dans le ciel "bas et lourd qui pèse comme un couvercle", dans la menace d'une lumière ténue. Pourquoi l'amorce "c'est un joli matin d'été" eut-elle été plus crédible?
Rien que pour la réhabilitation de ces matins d'automne qui s'annoncent dans les mois à venir, je maintiens le contexte.

C'est un joli matin d'automne.
Une petite fille regarde par la fenêtre de la cuisine, à laquelle elle fait face. Entre la vitre et elle, la table, et son papa, savourant son thé dans la lumière avare de ce jour en sol mineur. Ses grandes mains, dans le contre-jour attendrissant du petit matin, tiennent son bol toujours plein à ras-bord. Ses grandes mains de flûtiste, aussi larges que le bol, aussi délicates que les effluves nuageuses qui s'échappent du thé pour épouser de l'intérieur celles des nuages, derrière la vitre.
La petite fille n'est pas vieille, tout lui paraît grand, et sa tête seule dépasse de la table, sa tête penchée sur le côté droit, toujours, un peu cachée par ses cheveux, et par une paire de lunettes démesurée. Derrière ses verres en loupes, elle joue avec ses yeux cicatrisés. Elle regarde l'épaisseur des nuages derrière l'épaisseur de la vitre, derrière l'épaisseur des lunettes.
Entre le soleil et son âme, il y a trop de filtres.
Est-ce pour cela qu'elle a l'air triste?... Pourtant, elle ne l'est pas. C'est la tête penchée qui donne cette impression.
Une goutte de pluie, comme un accident de carillon, vient toucher la vitre.
Une autre, encore, puis des dizaines.
La petite fille joue avec la profondeur de champ de ses yeux guéris. Elle fait souvent cela. Mise au point sur les gouttes, arrière plan flou. Mise au point sur le jardin humide, gouttes floues.
La petite fille trouve cela joli, très joli.
Elle aurait approuvé l'amorce, elle, elle aurait dit que les matins d'automnes, dans leur faible lumière, dans leur nuageuse tristesse, ont tout de joli. Personne ne les aime, et pourtant, ils portent en eux la tendresse d'une caresse en larmes, la délicatesse d'une vieillesse à venir, l'élégance d'une dame qui refait son chignon gris et qui porte dans ses rides les traces d'une belle jeunesse.

Une autre petite fille entre en scène, déboule en scène, comme une fusée, comme une trombe épousant le rythme de l'averse.
Cette autre petite fille est encore plus petite, sa tête n'aurait pas dépassé de grand chose la table si elle avait été assise à côté de sa grande sœur. Mais cette autre petite fille est rarement assise.
Ses folles boucles brunes encadrent son sourire enthousiaste, celui dont elle ne se départit que rarement.
La tornade en forme de boucles brunes fait irruption comme les gouttes, sans prévenir, et sa voix délicate se rapproche comme un cri rieur : elle a vu la pluie, et a remarqué qu'il reste un rayon de soleil dans ce ciel un peu morne, elle s'exclame qu'il faut chercher l'arc-en-ciel, qu'il y en a un quelque part, qu'il faut sortir, le trouver, l'admirer. Elle ne crierait pas autrement que le père Noël est passé.

Le flûtiste pose le bol, et, dans un sourire doux comme ces chocolats chauds d'hiver, s'amuse du contraste.


Une petite rêveuse qui admire la pluie en silence, le visage penché, presque vide... Une petite bohémienne qui sautille de l'arc-en-ciel qui est peut-être quelque part... Qui sommes nous, de ces deux fillettes? Lorsque la vie amène son lot de nuages, lorsque l'automne survient... De ces deux postures qui sont optimistes, mais d'une manière différente, comme deux modulations en mode majeur, mais pas dans le même ton, laquelle suivons-nous?
Que faut-il préférer? Regarder les gouttes de pluies et jouer de l'objectif pour y trouver du beau, ou penser à l'incroyable festival qui pourrait naître de cette perturbation du ciel ou du cœur?
J'ai longtemps réfléchi à cette histoire. Je me suis dit, pour finir, qu'aucune des deux postures n'était plus noble, meilleure, plus positive que l'autre, et que les deux étaient belles.
C'est si joli de guetter les arcs-en-ciel, de savoir qu'ils ne peuvent naître que de la magie des gouttes de pluie. C'est si optimiste de regarder une averse en se disant qu'il en naîtra du beau.
Mais c'est joli aussi d'apprivoiser les gouttes.
Sans chercher autre chose. De se dire qu'elles ont une raison d'être, que, si elles viennent nous rendre visite, c'est qu'elles ont un rôle, un droit d'exister, qu'elles ne sont pas là pour nous amener à nous lamenter.
Oh, je ne veux pas faire de la philosophie à deux francs euros. J'avais juste envie de vous raconter cette histoire qui me fait toujours réfléchir. Souvent, je pense à ce sujet de colle : "le philosophe doit-il se réjouir de ce qui est?" Honnêtement, j'avais répondu de manière académique, mais, encore aujourd'hui, telle que je suis juste maintenant, je ne sais pas ce que je conclurais à cela, entre vous et moi.

C'est peut-être naïf, mais je penche pour le oui.



Il est facile de se réjouir d'un beau ciel bleu. Il est commun de se lamenter de la grisaille.
Bien trop commun, lorsque l'on constate, devant les deux petites filles de tout à l'heure, qu'il y a deux manières de se réjouir de la pluie!
Deux chemins, qui se complètent et se croisent.
Le premier, doux et calme, qui invite à regarder les gouttes et à les aimer ; qui incite à regarder nos problèmes et à les faire nôtres, les faire beaux, juste en jouant sur la profondeur de champ.
Le deuxième, plein d'herbes folles, qui prend par la main pour chercher l'arc-en-ciel, qui secoue le promeneur pour lui rappeler qu'il y aura un après, et un bel après, qu'il y a quelque chose derrière.



De ces deux postures, choisissez celles qui vous ressemble le plus.
Mais réjouissez-vous de cette météo capricieuse...
Et votre interlocuteur, dans son banal et si ordinaire œil râleur, sera tellement surpris!



 

dimanche 3 août 2014

Auguste mois



Nous voilà déjà en Août, les cocos.
C'est fou comme le temps passe.




 Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours préféré Août à Juillet.

 

Juillet, c'est un parfum de révolution, c'est le début de la liberté, c'est l'ivresse du commencement.

Août, c'est la sagesse des prolongations. C'est une détente de l'esprit et du corps qui s’appesantit entre les feuilles des pruniers et les longues soirées d'or.
C'est une succession de nuit étoilées. De cieux clairs. Et le rossignol peut bien mêler son chant à celui de l'alouette, parce que le jour n'en finit pas de se lever, n'en déplaise à Shakespeare. Août, c'est un zénith. Une apothéose qui a la douceur des rires du soir et des champs du blé au coucher du soleil.






Août, c'est la fougue des soirs d'orages, c'est la force du Lion, c'est le pic du calendrier avant d'être celui du mercure, c'est le cœur du concerto. Le plus tendre et le plus juteux du fruit.

Le temps suspendu avant le renouveau.

Je ne saurai exprimer combien j'aime avoir un rythme de vie et de travail qui épouse celui que nous connaissons tous, enfants. Le début, ce n'est pas janvier, voyons, c'est septembre. Août, c'est une saint Sylvestre merveilleuse de force et de chaleur. C'est un réveillon dans l'herbe.













Il y a quelque chose de l'impertinente jeunesse dans Juillet. 
Il y a quelque chose de la ride sage dans Août. Celle au coin des yeux, celle d'avoir trop souri.

Dans Juillet, il y a Jules, le César, le fou, le conquérant, l'homme de guerre. Juillet est une couronne de lauriers à renouvellement perpétuel.

Dans Août, il y a Auguste, l'Octave, pas moins glorieux, pas moins conquérant, mais le vrai premier empereur, l'homme de l'Eneide, l'homme de l'âge d'or. Et puis, Auguste, c'est "Noble", avant tout, et cela lui va bien, au mois d'Août.








Le seul mois à enchaîner 31 jours après un autre mois de 31 jours. Comme pour offrir un nouveau festin après le banquet, comme pour proposer un retour de noces aussi faste que le jour de noces lui-même. Même plus beau, plus doux, parce que l'essentiel est fait, et qu'il n'y a plus qu'à profiter.
Août, c'est un éclair brûlant de générosité.

Juillet est une inspiration éclatante, Août une profonde expiration. Août, c'est la langueur du souffle lent, la détente aux couleurs du soupir, la tendre suspension descendante en forme de solstice.









Et parce que j'aime beaucoup, beaucoup le mois d'Août, j'ai décidé de lui faire honneur en publiant trois petites recettes. Pas compliquées. Des recettes d'été. 
Des recettes qui mettent à l'honneur les fruits d'Auguste.
Les petites baies, celles que l'on a le temps de ramasser en bavardant, celles que l'on se penche pour attraper sans trop s'approcher des barbelés pour ne pas abîmer sa robe légère. 
Les prunes, les premières, les petites vertes tendres.
Les pêches et les melons, ceux qu'aucun arôme chimique ne peut recréer, ce qui ont tellement le goût de l'été et des soirs pieds nus sur la terrasse.


J'espère que je ne vous ai pas trop ennuyés avec mon petit texte, avec mes photos trop nombreuses, que voulez-vous, Août me rend bavarde, peut-être un peu romantique, aussi....
On en reparle sur la terrasse, promis.






1.   PÊCHES ET MELON RÔTIS AU ROMARIN



Oh, c'est une recette toute simple, une vraie recette de soirs de vacances.
Si vous n'aimez pas le melon, remplacez-le par des abricots...(mais c'est dommage!)
Ah là là, ces fruits, juste juteux comme il faut, légèrement cuits en restant entiers, avec la petite touche épicée du miel poivré, et le goût estival du romarin...

Pour 4 personnes
*4 pêches
*Un demi (petit) melon
*3 cuillères à soupe de miel liquide
*Un brin de romarin
*Un tour de moulin à poivre (cela change tout, faites-moi confiance!)






 Préchauffez le four à 180°.
Découper les pèches en quatre, les tranches de melons en bouchées.
Mettez-les dans un plat allant au four, ajoutez sur le dessus le romarin découpé, le miel, le poivre, et mélangez délicatement.
Mettez au four pour environ 20 minutes.

Servez chaud, tiède ou froid, avec un peu de faisselle de chèvre, ou de yaourt, ou de glace, et quelques pignons de pin...















2. PETITS RONDS AUX PRUNES ET SARRASIN

 



Des petits gâteaux, qui sont amusants à faire, jolis à regarder, un peu roots, peut-être, c'est le côté balade dans les champs du mois d'Août.
Oh, essayez, je vous assure que c'est un délice, pour les fans de gâteaux un peu floconneux, pas trop sucrés, au petit goût de coco...
Et puis, il y a toujours cette petite confiture de prune simplifiée, qui déchire tout...Faites-là seulement elle, sans le gâteau autour!




 

(Pour 15 petits ronds)


Pour les biscuits 

-1 œuf de chia* ou un œuf normal
-130 g de flocons de sarrasin
-50 g de farine de sarrasin
-70 g de graines de tournesol
-2 cuillères à soupe rase d'arrow-root
-1 cuillère à soupe de levure
-1 pincée de sel
-70 g d'huile de coco
-80 g de miel
-2 cuillères à soupe de lait
[Facultatif : une cuillère à soupe de mélasse]


*Pour faire un œuf de chia : mélangez une c. à soupe de graines de chia avec 3 c. à soupe d'eau dans un petit bol et laissez reposer 15 minutes.
Pour la fausse confiture de prunes

-200g de prunes (poids dénoyautées, environ 6 prunes)
-5 grosses dattes medjool (ou 7 petites)
-1/2 verre d'eau

Découpez prunes et fruits secs en petits morceaux, et mettez le tout dans une petite casserole. Faites bouillir pendant 15 minutes, en brassant régulièrement (ajoutez de l'eau si le  mélange attache)

Préparez les biscuits :
Préchauffez le four à 180°.
Toastez quelques minutes les flocons. Mélangez les flocons, la farine, l'arrow root, les graines de tournesol. Mixez ce mélange au blender, finement si vous ne voulez pas de côté granuleux, j'avoue que je n'ai mixé qu'un tiers du mélange parce que j'avais envie de sentir un petit croustillant, et que c'était parfait, mais on fait comme on veut.
Ajoutez le sel et la levure. Dans un autre saladier, mélangez l’œuf,  l'huile de coco fondue, le miel, la mélasse si vous en avez (ce n'est pas obligatoire, j'avais juste envie de ce côté un peu réglisse). Versez ce saladier dans le mélange sec. Ajoutez le lait : mettez moins de lait si votre mélange est déjà bien amalgamé, un peu plus s'il se détache trop. On doit obtenir une pâte homogène.




A l'aide de mains un peu humide (c'est plus facile), séparez le mélange en 15 boules. (C'est là que, si vous avez des enfants, éclatez-vous, les cocos.)
Posez les boules sur une plaque recouverte de papier cuisson, aplatissez-les un peu, et creusez légèrement leur centre.
Déposez à l'aide d'une cuillère un peu de confiture dans chacun des petits ronds.

Laissez cuire 15 minutes.


Il restera de la confiture... comment dire... ce n'est pas un souci.






3. LES MUFFINS D'AOÛT

 




Et les petites baies, alors? 





 Des muffins, moelleux comme un soir d'été.

Juste sucrés comme il faut, et même, si l'on veut, sans gluten, sans oeufs ni produits laitiers (mais, encore une fois, archi adaptables.)

Je n'aurai jamais la prétention d'inventer quelque chose de révolutionnaire ici. (La révolution, c'est juillet, on a dit...) Je ne publie que des adaptations de recettes qui sont les miennes, qui sont des remix de plein d'autres que j'ai pu essayer, qui n'ont rien d'incroyable, mais qui ont juste les proportions que j'aime bien.

Donc, ces muffins aux fruits rouges... ont été DÉVORÉS ici. 




(Pour 12-13 gros muffins)

 Mélange sec

*125 g de farine de petit épeautre complet
*125 g de farine de riz complet
*100 g de sucre de canne
*1 pincée de sel
*1/2 sachet de levure





Mélange liquide

*1 banane mûre
*1 petit pot de compote de pomme*
*240 ml de lait de noisette (ou autre)
*2 c. à soupe d'huile de sésame grillé

(*J'ai utilisé un petit pot de compote bio qui traînait dans mon frigo, mais on peut le remplacer par 3 c. à soupe de compote maison, ou une autre banane)

Et : un bol (environ 200g) de petites baies au choix : groseilles, myrtilles, cassis, mûres, framboises... on peut même utiliser du surgelé.







Préchauffez le four à 200°.
Dans un saladier, mélangez les ingrédients secs.
Dans un autre, écrasez la banane grossièrement (ce n'est pas grave s'il reste de gros bouts), et mélangez les ingrédients liquides.
Versez le mélange liquide sur le mélange sec.
Mélangez brièvement, le mélange doit à peine être homogène.

Ajoutez les fruits rouges, mélangez très peu et très délicatement, juste pour les répartir un peu dans la pâte, mais si l'on mélange trop ils se défont! C'est bon aussi, hein...

Répartissez le mélange dans des moules à muffins préalablement huilés et enfournez pour 30 minutes environ (ils doivent être légèrement dorés.)




Ils sont meilleurs le jour même, mais se congèlent parfaitement bien : il suffit ensuite de les passer quelques secondes au four ou au-dessus du grille-pain pour déguster des muffins frais!







Je vous souhaite à tous un mois d'Août brûlant de douceur.