La pincée de Cel

mardi 21 avril 2015

Pancakes petit pois, lentilles et menthe (+le pique-nique et moi)





Nous ne sommes pas tous égaux en matière de pique-nique.
Je revois mon amie écossaise que mes parents avaient hébergée un été, qui, lors d'un pique nique en bord de mer, paraissait aussi à l'aise que chez le dentiste (entre le moment où la lèvre inférieure est anesthésiée et celui où il faut cracher le morceau d'amalgame. -c'est dire), et se tortillait entre deux grosses racines de pin pour s'assoir plus confortablement en cherchant l'ombre avec les deux mains prises par le contenu de son assiette sans assiette dessous. Lorsque nous lui demandâmes si elle était coutumière d'une telle sorte de repas, elle nous répondit que, euh, oui, well, un peu, cela lui était arrivé, hemm, une fois, quand elle était petite. Cette réponse m'avait plongée, moi-même fort peu avancée en âge à l'époque, dans un abîme de perplexité.
Je sentais que ce mode d'alimentation, sans table, avec les doigts (shocking), exposant chacun au grand dam de la chute du jus de tomate sur le short, ou pire, du grain de sable entre les deux faces de la baguette beurrée (so frenchie), était loin de la réjouir. Et je dois avouer que moi-même, petite, je n'étais pas absolument convaincue que ce fût le plus agréable ni le plus commode des repas. Je n'aimais pas beaucoup les chips, ni les sandwiches au jambon, seul trouvait grâce à mes yeux le taboulé de ma maman (qui est une légende vivante. Le taboulé, pas ma maman. Quoi que.), citronné et persillé juste comme j'ai toujours adoré, mais qui restait peu pratique à déguster assis en tailleur dans des petits gobelets en plastique qui avaient une couleur attitrée pour chacun dans notre famille nombreuse. (J'ai eu une enfance très liée à la monochromie. Organisation oblige.)
Mais j'ai grandi.
 

Les marées de la plage où nous avions emmené cette écossaise pique-niquer se sont succédé, les lunes avec elles, et mes années aussi.
Et si je disais aujourd'hui à la petite fille d'alors que je dois m'emmener un pique-nique pour tous les midis dans mon travail, je sais que celle-ci aurait pu en être troublée au point d'en échapper sur le sable le gobelet de couleur. (J'entends déjà des petits malins qui veulent savoir quelle couleur. Ne me cherchez pas. C'est un sujet sensible. Non, je plaisante. Je ne sais plus, en fait. Vert, peut-être. Bref.)



Le midi, je dois donc composer avec du transportable. Heureusement, je ne travaille pas sur la plage (attendez, je me rends compte qu'il y a une aberration sémantique dans ce qui précède.), et je n'ai pas à contourner l'épineux problème du sable sur la tartine ou de la racine de pin inconfortable. Non, il s'agit d'un pique-nique de luxe, ça madame, pris même parfois à table, et qui n'a de "pique-nique" que l'habit culinaire de la chose comestible que l'on a transporté dans une petite glacière, qui doit se manger facilement, parfois avec les mains (dans les limites du socialement raisonnable), nourrir vite et bien en ayant été préparé la veille.
Ce n'est pas un problème et je préfère faire ainsi plutôt que manger le repas servi à la cantine, car, en plus de coûter moins cher, cela me permet de garder l'alimentation qui correspond à mes valeurs et ma conception des choses, et même de la faire découvrir à d'autres. Seulement voilà, cela nécessite un minimum d'organisation. J'en reparlerai, si vous le voulez, parce que vous êtes nombreux à me demander des idées de repas da porta via, à emporter...
 

Mais commençons par ces petits pancakes fourrés aux légumineuses. Ils sont simples à réaliser, originaux, et vraiment très pratiques. Vous pouvez facilement en préparer tout un petit paquet et les congeler pour les sortir le matin-même du repas. Ce que j'aime avec eux, c'est qu'ils sont tellement mignons (et tellement bons) qu'ils peuvent tout aussi bien faire office d'entrée chic voire de repas entier: si on les sert chauds, accompagnés de légumes rôtis, ou d'une salade de crudités, ils cassent véritablement la baraque.
Ils sont meilleurs chauds ou tièdes (même s'ils sont très bons froids également) : aussi, si vous les emmenez en pique-nique, il vaut mieux trouver un moyen de les réchauffer légèrement sur place (un four, un grille-pain, un sèche-cheveux, un briquet, une allumette, une loupe sous le soleil au zénith, soyez inventifs.) Au pire, vous les dégusterez froids, ce qui n'est pas mal du tout. N'oubliez pas (encore plus s'ils sont froids) d'emmener dans un petit bocal un yaourt battu avec quelques herbes (menthe, sel, poivre, paprika par exemple), qui leur servira de sauce et qui s'entendra très bien avec eux (et avec vous en même temps.)



Cette recette s'inscrit dans les écho-défis de Natasha du blog Échos verts!
J'imagine que vous connaissez tous déjà ce très joli principe : chaque mois, un défi tout vert, avec des exemples et plein de "conseils écolo-pratiques" du quotidien, pour vivre bien avec moins, en se respectant soi et la planète avec. Pour relever ce défi chaque mois renouvelé, plusieurs blogueuses, et Natasha elle-même qui orchestre tout cela de main de maître et qui nous propose de jolies synthèses et bons plans. En bref, plein de merveilleuses idées axées sur un thème tout vert! Si vous ne vous êtes pas déjà inscrit, c'est ici.  Et le thème du mois d'avril me parle particulièrement : "vers une cuisine écologique, éthique et minimaliste". C'est avec un très grand plaisir que je me joins au défi avec cette petite recette qui, en plus d'être saine, est très simple, et ne nécessite pas d'ingrédients couteux.
(Sans compter qu'elle est délicieuse, imaginez, une pâte au seigle crousti-moelleuse, qui enferme une garniture lentilles+petit pois + menthe, association à tomber par terre... convaincus?)



Pancakes petits pois, lentilles et menthe

(Pour 5 pancakes : compter 1 pancake par personne en entrée, 2 par personne en plat principal.)


Pour les pancakes :
280g de farine de seigle
160 ml d'eau
2 càs d'huile d'olive
Une pincée de sel

Pour la farce :
-60 g de lentilles
-60 g de petits pois écossés (frais ou surgelés)
-1 grand brin de menthe (ou 2 càs de menthe séchée)

+sel, poivre.

-Mettez les lentilles à cuire pour 25 minutes dans l'eau bouillante. En fin de cuisson, ajoutez les petits pois, laissez encore 2-3 minutes sur le feu, remuez bien, ajoutez le sel, la menthe, et réservez.

-Préparez les pancakes :
mélangez les ingrédients afin d'obtenir une boule de pâte malléable. Séparez la boule en 5 boules plus petites. Étalez-les sur le plan de travail fariné, afin d'obtenir 5 disques assez fins.
Disposez la farce au milieu de chacun des disques de pâte. Refermez délicatement en ramenant les bords vers le centre et en soudant le milieu avec les doigts humides. Essayez de faire en sorte qu'il n'y ait pas de trou (mais ce n'est pas grave s'il y en a et que la farce se montre un peu par endroits.)

Laissez les petits pancakes reposer au moins 15 minutes avant de les cuire. (Cette étape les assèchera un peu et évitera leur dégringolade au moment de la cuisson).

Préchauffez le four à 180°.
Faites cuire vos pancakes à la poêle 2 minutes par face à feu moyen-vif. Au moment où vous mettez le pancake dans la poêle, aplatissez-le (sur la poêle) généreusement à l'aide d'une spatule : il va (faire pshhhhhh et) gagner un bon centimètre de diamètre. J'utilise une poêle en fonte très légèrement huilée, et je les fais cuire 2 par 2.
Quand les pancakes sont dorés par la poêle, prolongez la cuisson au four environ 15 minutes. (Cette étape achèvera de bien cuire la pâte et de les rendre croustillants et moelleux à la fois.)

Servez chaud, tiède ou froid, avec plein de crudités, une salade bien assaisonnée, et/ou avec un yaourt battu avec un peu de menthe ou des épices au choix (le paprika fonctionne bien...)
 


Astuce :

Ces pancakes se congèlent très bien, vous pouvez en préparer le double et les conserver jusqu'à 4 mois au congélateur, pour les réchauffer au four ou au grille pain en quelques minutes.
Ils ne sont pas sans rappeler les panini italiens, à mon avis... Je ne les en aime que davantage!


mercredi 15 avril 2015

Sinon, j'ai lu : Les fiancés de l'hiver





Bon, me re-voilà avec un livre, les amis. Vous n'avez pas pu passer à côté, il fait beau, chaud, un temps parfait pour se promener, écouter les doux gazouillis (les vrais, pas ceux de twitter), se dire qu'on a vraiment les jambes très blanches quand même attends je vais pas sortir comme ça, et lire dans l'herbe. Mais lire quoi?, hurle la foule en délire. Pas de panique, j'arrive.




 

 Les fiancés de l'hiver (La passe-miroir, livre 1; Christelle Dabos).


Il y a des livres comme ça qu'on lâche difficilement.
Pourtant, ce n'était pas gagné. Avec ses 520 pages au compteur littéraire, et la promesse d'un suspense final contenu dans le système affiché de "livre 1", il avait tout pour me laisser un peu réticente, celui-là. En plus, un gros comme ça, on ne peut pas le mettre dans son sac à main, c'est difficile à lire dans les salles d'attente, et même au lit. (Sérieusement, vous vous mettez comment, pour lire au lit un gros livre? Sur le ventre, on finit par avoir mal aux bras, et sur le dos, c'est lourd à soulever. La vie est dure, parfois.)

Et... c'est une merveille.

Les fiancés de l'hiver est donc le volume 1 de la série "La passe-miroir", de Christelle Dabos, et il a remporté le prix du premier roman jeunesse organisé par Gallimard Jeunesse, RTL et Télérama.
Faut-il le dire, c'est totalement mérité.
Dans ce roman fantasy (ou fantastique roman), on plonge dans l'histoire d'Ophélie (joli prénom), jeune demoiselle qui vit dans un irréel monde joli et paisible et qui a un don bien particulier : elle peut "lire" les objets, connaître leur histoire en les touchant, et rien que cette idée est fabuleuse. Mais ce n'est pas tout, elle peut également traverser les miroirs...et elle a même une écharpe qui dort souvent autour de son cou et qui s'affole et casse tout dans sa chambre si elle part sans la prévenir. Drôle de demoiselle, entêtée et timide, résolue et maladroite, myope et solitaire, elle apprend (et nous avec elle) qu'elle est l'objet d'un mariage arrangé avec un certain Thorn ( personnage qui n'a rien pour lui), l'obligeant à quitter sa famille, à se rendre dans la glaciale "Citacielle" pour y retrouver un homme non moins glacial, et à découvrir un clan des dragons dont on ne peut que sous-estimer la complexité.
Le point de départ est classique en roman fantasy : un héros à priori banal (dans son univers en tout cas) qui connaît un bouleversement dans sa vie, et qui découvre qu'il a malgré lui un rôle énorme à jouer dans un autre monde. (C'était là le point de départ de notre cher Harry Potter, et avant lui de Frodon lui-même... Jusque là, rien de nouveau sous le flocon.)
Pour avoir de la force et de l'intérêt dans la lignée du genre, il faut donc faire fort, et le défi est relevé. La plume est agile, élégante, les phrases s'enchaînent dans une subtile alchimie qui fait la part belle à l'action sans jamais en écorcher la qualité de la langue. Au contraire, l'ensemble est d'une rare qualité littéraire, tout en restant réellement accessible.
L'histoire est très jolie et palpitante, je ferai exprès d'en dire peu, pour vous laisser les joies des surprises... Mais la petite Ophélie va de découverte en découverte, et les personnages qui l'entourent sont de magnifiques créations, loin d'être à l'emporte-pièce : complexes et mystérieux, ils ne se laissent dévoiler que par la perception interne de la narratrice et sont tous riches de secrets et d'ambiguïtés. Part belle faite aux dialogues, on navigue dans cet ensemble très cinématographique, de scène en scène, chacune ciselée avec art, inscrivant chaque personnage dans sa subtilité.
On s'attache à eux, et à Ophélie surtout, portée à bout de bras par l'auteur(e) comme un réel personnage-héros joli et sympathique tout en étant nouveau (gageure en la matière). Encore davantage, on s'attache à la plume, au style, à la fois simple et très fin, à même d'être dévoré tout en étant de très, très grande qualité.


J'allais écraser une larme en tournant la dernière page, me demandant jusqu'à quand (enfin) faudrait-il que je patiente pour le tome 2, lorsque j'ai découvert que l'éditeur venait d'en assurer la parution en novembre 2015. Décidément, comme ce roman, la vie est bien faite.




 

Christelle DABOS, Les fiancés de l'hiver, La passe-miroir livre 1, Gallimard Jeunesse, 2013