La pincée de cél

dimanche 14 septembre 2014

Granolapple




Vous prendrez bien un petit granola de rentrée?...




Oui, les matins chargés sont de retour, et avec eux la joie de prendre un gourmand petit-déjeuner, en regardant ce soleil d'été indien briller sur nos idées fraiches comme l'aurore.

Une envie de retour aux fondamentaux, de cuisine simple, de légumes à foison, de bols remplis de fruits m'envahit en ce septembre déjà bien entamé.

Les repas se font un peu plus copieux qu'en été (oui, à chaque fois, je m'épate, ça creuse, ces journées remplies...), mais, en ce moment, copieux "simplement", plus de légumes, une bonne dose de féculents, un œuf ou du tofu, une sauce à base de purée d'oléagineux pour lier, et hop.

Je crois que j'ai fini ma période "repas-plein de choses compliquées".
J'ai besoin d'une assiette qui ne contient pas douze mille ingrédients.

(Même si je suis incorrigible et que je rajoute souvent en "topping" gourmand, souvent un mélange cacahuètes/amandes/noisettes/graines de courges, grillé, salé ou curcumaisé, que je mets dans un grand bocal pour tenir la semaine.)


 
Et le matin...des fruits, plein, (et aussi en dessert, midi et soir, et en goûter, je ne peux pas m'en passer, j'en mange peut-être trop, mais j'ai envie de m'écouter, et, en ce moment, j'entends sans cesse cette petite voix qui hurle fruit cuit fruit cru (ce qui est difficile à dire très vite.))



Et j'ai eu envie de petit granola gourmand du matin.
Tout aux pommes, parce qu'en septembre je tombe dans les pommes en pleine conscience, et que, rien que pour cela, j'ai envie de dire que c'est ma saison préférée.
Les nouvelles pommes. Je les admire et les caresse avant de les déguster. Je les épluche lentement en contemplant leurs reflets pendant le strip tease alléchant et alléché, désapplez-moi, mais pas tout de suite, pas trop vite, ne soyez-pas comme tous les hommes trop pressé.






Un granolapple hommage à la Pomme sous toutes ses formes.
Un granolapple haut comme trois pommes.

Pomme fraiche,
jus de pomme,
pomme séchée.

Total look,
Apple-block.

Sucré avec un peu de miel de fleurs ramené de la campagne Saintongeaise, foncé comme de la mélasse, au petit goût de sirop (vous avez le droit d'être jaloux de le remplacer par un autre miel très liquide ou par de la mélasse ou du sirop d'agave.)


 






Avez-vous déjà testé le flocon de millet dans le granola? C'est bon.
Mais cela fonctionne avec n'importe quels flocons.

 

J'ai eu aussi envie d'en faire une dose raisonnable, juste un bocal, parce que je n'en mange pas tous les matins, que je suis seule à en manger ici, et que j'aime varier, et en refaire à d'autres parfums lorsque le bocal est vide. (Mais j'ai tellement aimé celui-là que je sens que je vais refaire le même. Plusieurs fois, même.)




 


Et j'ai mesuré avec un mug plutôt qu'une balance, pour plus de simplicité.







 

Granolapple


1 mug de flocons d'avoine
1 mug de flocons de millet
1/2 mug de graines (tournesol et courge)
2 cuillères à soupe de jus de pomme
3 (grosses) cuillères à soupe de miel
1 cuillères à soupe d'huile de coco
1 pomme
1 pincée de cannelle

1 mug de pommes séchées





 Mélangez les flocons, les graines, la cannelle, le jus de pomme, l'huile de coco fondue.
Épluchez la pomme, coupez-la en quartiers et râpez-la à l'aide d'une râpe à gros trous.
Intégrez la pomme au mélange.
Ajoutez le miel : s'il n'est pas très liquide comme le mien, faites-le fondre dans une casserole à feu doux.

Tassez le mélange dans un plat habillé de papier cuisson.




Faites cuire environ 45 minutes à 160°.
Le granola doit être coloré mais pas trop brun.
A mi-cuisson, je brasse légèrement, en laissant des parties non-brassées.

Sortez le granola du four, et ne touchez pas avant complet refroidissement.

Une fois qu'il est refroidi, ajoutez les pommes séchées, et mettez-le dans un bocal ou une boîte hermétique.

Et dégustez.





 (La petite Céline découvre la magie d'un appareil photo. Veuillez être indulgents et l'excuser.)














 Ce matin-là, j'ai mangé du granolapple dans du lait d'amande, avec plein de fruits frais dont des petites pêches de vigne absolument adorables, et un thé vert à la pomme (j'ai simplement glissé deux morceaux de pomme séchée dans le filtre avec les feuilles de thé.)

Je vous souhaite plein de matins doux!...

 


lundi 8 septembre 2014

Boum boum boum


 

Dans la rubrique "réfléchissons sur la langue"

(C'est le cas de le dire...)



Je l'ai déjà dit, je ne veux pas faire ma vieille prof de français ronchon avec un chignon. (D'abord, je n'ai pas de chignon.)
Mais quand même. La première fois que j'ai entendu ça (version en musique ici), j'ai été atterrée. Le mot est faible. Je n'ai rien contre Mika, au contraire même, j'avais en tête le Mika du premier album, de Grace Kelly, plutôt honnête, avec une vraie voix de chanteur, et des chansons qui donnent le sourire.
Mais voilà, une chanson en anglais avec des paroles bien creuses donne toujours plus le sourire qu'une chanson en français avec les (mêmes) paroles bien creuses. C'est un grand théorème de la chanson : non-inspiré-littéraire, sing in English, inspiré, try in French but fais gaffe la barre est high. Oui, Champs de Fraises pour toujours, Le spectacle doit continuer, Hier tous mes problèmes semblaient si loin (oh je crois en hier), c'est sûr, ça passe beaucoup moins bien qu'en version originale.
Donc, soyons clairs, Mika, je t'aime bien.
Mais, je t'en prie, je t'en conjure, chante en anglais.
Parce que sinon... Ça donne ça.
[Si, lisez, ce sera votre torture du jour.]


"Boum Boum Boum"(Mika)

Qu'importe l'endroit, le contexte
On a toujours un bon prétexte
Pour tomber nos "fruit of the loom"
Quand toi et moi on fait boum boum boum
Quand t'es pas là j'fais n'importe quoi
J'prends des kilos des téquilas
Je chante les chansons d'Oum Kalthoum
Je ne pense qu'à nos boum boum boum

Et tous les bourgeois du 16ème se demandent pourquoi je t'aime
Pour le voir pas besoin d'un zoom quand toi et moi on fait boum boum boum

Boum boum, boum boum boum
Boum boum, boum boum boum
Boum boum, boum boum boum
Boum boum

Hier on était chez ta mère, elle a failli tomber par terre
En entrant le dressing room quand toi et moi on faisait boum boum boum
Dans les ascenseurs des hôtels on sait monter au 7ème ciel
On envoie balader les grooms quand toi et moi on fait boum boum boum
Et tous les bourgeois du 16ème se demandent pourquoi je t'aime
Pour le voir pas besoin d'un zoom quand toi et moi on fait boum boum boum

Boum boum, boum boum boum
Boum boum, boum boum boum
Boum boum, boum boum boum
Boum boum

Quand on reçoit des invités on ne sait même pas résister
Entre le thé et les Loukoums y a le temps d'faire boum boum boum

C'est vrai que les murs ont des oreilles, que tous les voisins se réveillent
Mais c'est comme ça qu'on fait l'amour quand toi et moi on fait boum boum boum
Et tous les bourgeois du 16ème se demandent pourquoi je t'aime
Pour le voir pas besoin d'un zoom quand toi et moi on fait boum boum boum
S'aimer comme ça, c'est pas vulgaire
On a toujours un truc à faire, les étagères font badaboum
Quand toi et moi on fait boum boum boum!

Boum boum, boum boum boum
Boum boum, boum boum boum
Boum boum, boum boum boum
Quand toi et moi on fait boum boum boum
Boum boum, boum boum boum
Boum boum, boum boum boum
Boum boum, boum boum boum
Boum boum, boum boum boum

Un plus Un, ça fait toujours deux
Deux plus deux ça fait tout ce qu'on veut
C'est comme les coups d'Brahim Asloum
Toi plus moi ça fait boum boum boum
Pas la peine d'aller cavaler
Y a que ça qui me fait voyager
Pas les cocotiers de Touloum
Quand toi et moi on fait boum boum boum

Et tous les bourgeois du 16ème se demandent pourquoi je t'aime
Pour le voir pas besoin d'un zoom quand toi et moi on fait boum boum boum
S'aimer comme ça, c'est pas vulgaire
On a toujours un truc à faire, les étagères font badaboum
Quand toi et moi on fait boum boum boum

Boum boum, boum boum boum
Boum boum, boum boum boum
Boum boum, boum boum boum
Quand toi et moi on fait boum boum boum
Boum boum, boum boum boum
Boum boum, boum boum boum
Boum boum, boum boum boum
Quand toi et moi on fait boum boum boum


Je suppose que vous avez tous entendu cela à la radio cet été, sauf si vous n'écoutez que France Culture, ou que vous habitez de l'autre côté du monde, ou que vous êtes sourd/exilé politique/sans électricité/ermite/auditeur exclusif de gramophone.
Sinon, j'aime bien France Culture aussi, hein.
Mais voilà, il m'arrive d'écouter des radios musicales et d'être une fille normale, et de garder dans la tête toute la journée "boum boum boum", en disant, diantre, langue française, pardon, pardon, ne nous quitte pas (il faut oublier Boum Boum Boum, tout peut s'oublier), reste un peu vivante, et que les échos de ta poésie soient plus vibrants que les boum boums ou les bip bips de ton électrocardiogramme aussi inquiétant que celui du patient le plus hâve de Dr House. (Dr Maison, pour la francophonie.)





Après m'être lamentée et avoir douté du réel apport à la cause gay représenté par ce chef-d'œuvre, après avoir cherché dans quel dictionnaire de rimes Mika avait trouvé que boum rimait avec zoom, groom et badaboum, je me suis demandée si un jour de tels textes étaient susceptibles de tomber dans le vivier du patrimoine littéraire. Si, vraiment, on pourrait envisager une étude littéraire d'un tel morceau de bravoure.
Cela donnerait, peut-être quelque chose comme cela. Je ne développe pas et vous laisse le soin d'imaginer comment compléter le plan.


COMMENTAIRE


Introduction
Michael Holbrook « Mika » Penniman, Jr., dit Mika, né le 18 août 1983 à Beyrouth (Liban), est un chanteur, auteur-compositeur de pop britannico-libanais. Anglophone, sa maîtrise du français s'atteste par des morceaux d'anthologie tels que "Boum boum boum".
Son premier album Life in Cartoon Motion est certifié disque de diamant en France avec plus de 1 200 000 exemplaires écoulés et est, dans l'hexagone, l'album le plus vendu en 2007. Dans le monde, il s'en est vendu plus de 19 millions1. Son second album, The Boy Who Knew Too Much, s'est vendu à près de 400 000 exemplaires en France. C'est cet album qui lui a permis de recevoir le triple disque de platine lors de son concert à Bercy. En juillet 2011, il sort le single Elle me dit, chanté en français, une première pour lui. En juillet 2014, le chanteur et coach de The Voice renouvelle l'expérience de la chanson française, et révèle un des titres de son prochain album, Boum boum boum, qui devient rapidement un grand succès de l'été.
Dans ce titre engagé, le chanteur évoque des problématiques profondes malgré une mélodie légère.
Comment Mika parvient-il à faire de cette chanson apparemment simple et anodine un lieu de revendication et d'engagement? Quelle conception de l'Amour et de la Vie l'auteur cherche-t-il à construire, à son propre égard et celui de son public?

I. La conception de l'amour

*Violence inhérente
Répétition du "boum boum", refrain simple et récurrent, martèlement de l'amour-force, l'amour-violence, l'amour-coup.
Acte amoureux perçu comme libérateur d'un carcan de contraintes, violation des règles plus que celle du corps.
Brutalité heureuse, au point d'en abîmer le mobilier (les "étagères font badaboum", les "voisins se réveillent", les grooms sont congédiés avec la même vigueur. )

*Folie et perte de raison
Folie négative lors de l'absence de l'autre : "J'fais n'importe quoi", "je prends des kilos des téquilas" (allitération de dentales à la fois en tant que jeu langagier et illustration sonore de la perte de contrôle).
Folie positive lors de l'acte amoureux vécu comme union salvatrice, même déraisonnable. 


II. L'épanchement personnel

*Une déclaration
Adresse directe à l'être aimé, 2ème personne du singulier récurrente.
Répétition du "toi et moi", "on", "toi plus moi", addition libératrice à la somme dont l'évidence est martelée.
 Affirmation d'un acte plus amoureux que vulgaire, répétition du verbe aimer : "s'aimer comme ça", "je t'aime",  même "on fait l'amour", comme une version correcte du "boum boum" apportant une explicitation de l'acte perçu comme preuve d'Amour, comme construction (on "fait") après la déconstruction du décor et des habitudes. Amour agapê et Amour éros ne font qu'un.

*Le parti pris social
Répétition du regard désapprobateur de l'Autre, extérieur au "toi plus moi" : "ta mère", "les bourgeois du XVIème", "les amis" qui viennent dîner. Chute la mère ("tomber par terre") écho au boum boum qui n'est pas une chute mais presque une élévation, au dessus des lois et des conventions.


III. Liberté revendiquée

*Du comportement
 Idée majeure : "qu'importe l'endroit le contexte", acte amoureux à effectuer en tout lieu et à tout moment. (jour et nuit : "les voisins se réveillent", pendant le repas : "entre le thé et les loukoums", dans un passé proche : "hier", et dans un présent d'habitude "ça fait boum boum boum.")
Appel à lâcher prise sur les conventions et à ne "pas résister".
Chanson engagée-éloge de liberté, liberté d'acte et liberté de pensée, avec pour aboutissement l'idée "ça fait tout ce qu'on veut'", indépendance du sentiment et de la conduite.

*De la langue
Mélange des langues, français et anglais, affirmé pour mieux illustrer le mélange des genres, et la liberté à considérer dans l'union et la désunion. ("Fruit of the loom", "dressing room").
Néologisme répété du "on fait boum boum boum", acte libérateur d'une langue à  l'image de la relation : sans contrainte.

*Des cultures
Mélange des cultures, enfin, summum (soummoum?) du boum boum, choc des religions et des États, comme un ultime plaidoyer à l'union polyglotte. Loukoum, Brahim Asloum, Touloum, Oum Khaltoum.
Boum des cultures affirmant la relation physique et amoureuse comme une fusion, violente mais élévatrice, supérieure, dans une échelle des plaisirs et des chocs des cultures, à tout voyage. ("pas la peine d'aller cavaler, y'a que ça qui m'fait voyager.") La liberté du mélange des cultures trouve son aboutissement dans la liberté d'Aimer, point d'orgue à la liberté de religion, de langue, d'éducation et de culture.

Conclusion
Cette chanson au refrain enivrant est donc, plus qu'un simple tube de l'été, une véritable chanson engagée,  porteuse des valeurs profondes de l'auteur, et véhiculant un plaidoyer en faveur d'un acte amoureux s'affranchissant de toute contrainte du monde et des esprits, à la violence répétée et libératrice.


Photo mikafans.net



Voilà, voilà.
Et pour clore ce petit intermède, j'ai pensé que peut-être, il était possible de mettre en alexandrin sans "groom" "loukoum" et "badaboum" les mêmes idées (ou à peu près).


Ça donnerait, je ne sais pas, un truc comme ça...



Que m'importe l'effet que m'importent les lois
Que m'importent les us, le clergé ou l'État,
Je ferai fi de tout pour être entre tes bras,
Trahirai ma promesse et tournerai mes pas,
Rien que pour te toucher, rien que pour être à toi.

Cruelle abnégation, ou douce violence?
Honteuse tentation, ou naturelle danse?
Plaisante chair où tout de nous deux est en transe,
Forts ébats forte union fort besoin que l'on panse,
Bien plus bruyant et vif, bien plus vrai que l'on pense...

De nous deux le toucher vient pour tout bousculer,
Enivrer en fracas, et à jamais casser,
le fragile équilibre, ou la sérénité
du cerveau bien trop sage, et du bourgeois fieffé
qui condamnent notre âme, et veulent tout juger.

Mon ami, soyons libres, loin des calmes eaux,
Soyons "nous deux" partout, ici-bas et là-haut,
Touchons-nous, serrons-nous de nos mains sans anneaux,
Assumons nos élans, et vibrons à vau-l'eau
Pour une union plus vraie et un amour plus beau.



C'est sûr, c'est moins dansant.