mardi 25 novembre 2014

Vers la nuit (soupe et biscuit dedans)




Vers la nuit.

Nous allons vers la nuit.
De jour en jour, la clarté se fait plus rare, plus brève.
De tour de lune en tour de lune, la lumière vient plus tard, part plus tôt, mystérieuse voyageuse qui échappe des mains comme une femme têtue, comme la fumée d'une flamme que le vent vient souffler.

En cette fin de novembre, la nature peu à peu s’endort, et son déclin bleu-gris jette sur les champs un voile de sommeil. Aux petits matins, les nappes brumeuses semblent prolonger la nuit et réaffirmer le besoin rêveur de tout l’orbe qui frotte ses yeux lourds.
En cette fin de novembre, le sol est encore jonché de feuilles comme l’est de confettis le parquet de la fête, une fois que tout est fini.
Tout ralentit, comme un balancier qui s’apaise.




Le mois d’octobre est celui des accords baroques et flamboyants. Novembre, décembre sont pour moi ceux du silence. D’ailleurs, souvent, j’écoute moins de musique. Comme si j’avais besoin de retrouver le son, le vrai son. Le bruit clair de la cuillère dans le thé du matin. Le bruit doux des quartiers de clémentines lorsqu’on les désolidarise, avec ce tout petit claquement au moment où le dernier millimètre cède. Le bruit tendre du pull en laine que l’on enfile. Le bruit du souffle tiède dans la brume fraîche, lorsqu’il n’y a rien autour, le tintement joué par la bague de la main qui saisit la tasse chaude.
Le froid se pose sur le monde.
La nuit l’enveloppe de ses bras pleins de torpeur, et, dans le grave profond de sa voix, éteint son feu.
Ah, nuit de l’hiver, dans tes imprenables rouages...je t’aime.
Mais je t’aime parce que je sais que le renouveau viendra. Je t’aime comme on aime le silence avant de prendre l’instrument, comme on aime le vide avant d’envisager le plein.
Peu de gens savent que Noël n’est pas le 25 décembre pour rien. Noël est le 25 décembre parce que la fête s’est greffée sur des fêtes anciennes, des fêtes qui depuis la nuit des temps célèbrent la fin de la nuit croissante. Le renouveau après le solstice d’hiver, le cri de la victoire après avoir retenu son souffle : c’est bon, la mort ne continuera pas, c’est bon, le mouvement de déclin s’est arrêté, tout va repartir, tout va recommencer. La lune nous l’a dit, les astres, puis les longueurs des jours. Voilà pourquoi Noël est si beau, tellement digne d'être célébré : fêter Noël, c’est s’inscrire dans un rythme si vieux que les anthropologues ne s’aventurent même pas à le dater, c’est épouser la réjouissance ancestrale d’une fin de déclin.
Encore un mois, et les jours amorceront le mouvement inverse.
L’amorceront-t-ils ? Il y a des millénaires, les hommes avaient la folie (-ou la sagesse ?) d’en douter. Chaque année, ils vivaient ce déclin avec des points de suspension et d’interrogation plein l’esprit.
Vous avez peur, vous, des arbres morts ? Moi, un peu.
Ils me rappellent que tout est happé par le mouvement du temps, appelé par la nuit.
Ils me rappellent que tout ce qui vit est appelé à perdre ses feuilles.
Mais ils murmurent aussi, dans le silence hâve, que le chant du monde est cyclique. Que, si tout, dans ce qui nous entoure, suit une courbe descendante avant d'en suivre une nouvelle, ascendante, il ne peut pas y avoir de vraie fin, définitive, catégorique, irrévocable.
Tout ce qui va vers sa fin doit bien être appelé à être de nouveau, ensuite, différemment, mais à re-naître. Allez savoir.


Un déclin, mon déclin, oui, pourvu qu'il ne soit pas irréversible...Le temps peut fuir, nous pourrons toujours faire appel. Lune décroissante, dis-moi que nous le pourrons.

La nature le fera même, sans doute, pour nous. Elle opposera son véto ancestral, celui qui écrit dans l'écorce, que vienne l'hiver, pour que (re)vienne un printemps.





















***










 


Deux recettes en cette fin de novembre, en cette course vers la nuit...

Simples et réconfortantes.


Une soupe, parce que j'aime tant cela lorsque le froid arrive.
Et des petits biscuits sucrés surprenants : j'aime bien utiliser les lentilles corail en version sucrée, lorsqu'elles sont toastées à sec, elles prennent un petit goût qui s'entend rudement bien avec la clémentine, la châtaigne, la noisette, et la cannelle.
(Je n'ai pas ajouté de pépites de chocolat, mais je pense que ce ne doit pas être mal non plus...)

 

 

Soupe d'hiver verte au thym et à la verveine

 

 

 



Pour 4 personnes
1 petite pomme de terre
1 poireau
1/2 brocoli
1 cuillère à soupe de purée d'amande blanche
1 cuillère à café de thym
Une cuillère à soupe d'eau florale de verveine
Une pincée de sel et de poivre
Dans une casserole, mettez les légumes lavés et coupés, le thym, et de l'eau à hauteur. 
Faites cuire une vingtaine de minutes, puis mixez avec la purée d'amande, le sel et le poivre. Ajoutez l'eau florale.
Ajoutez de l'eau selon la texture désirée.
Servez bien chaud...






***


Petits gâteaux lentilles corail, clémentine et noisette

 

 

 



(Pour 8-10 petits biscuits)

90 g de lentilles corail (crues)
50g de farine de châtaigne
1 cuillère à café de cannelle
80 g de sucre intégral
1 clémentine
2 cuillères à soupe d'huile d'olive neutre
1 cuillère à soupe de miel
1 verre de noisettes



Préchauffez le four à 180°.
Torréfiez à sec quelques minutes les lentilles corail. Mixez-les afin d'obtenir une poudre.
Mélangez la poudre avec la farine de châtaigne, la cannelle et le sucre.
Épluchez la clémentine et mixez-la. Intégrez-la dans le mélange, ajoutez l'huile, le miel et les noisettes.
Amalgamez le mélange. Au besoin, rajoutez un peu d'eau ou de lait végétal.
Formez des petits palets, disposez-les sur un plat recouvert de papier cuisson et faites cuire au four environ 15 minutes : ils ne doivent pas être trop dorés et deviendront plus croustillants en refroidissant.
















Bonne fin de novembre,
Bonne nuit...
Prenez soin de vous!
<3






mercredi 19 novembre 2014

Pasta / pizza


Me re-voilà les cocos...

pour l'Italie gourmande-partie 2 (le retour)!


A la fin de ma description italienne du précédent article, je vous avais promis des recettes! En fait, j'ai même envie d'ouvrir une nouvelle rubrique! Vous êtes d'accord?... Une rubrique intégrée à "Ça se mange", intitulée "Inspiration Italie"... Pas des plats italiens à proprement parler, mais tous ceux qui, en plus d'être dans "salé" ou "sucré", doivent une fière chandelle aux recettes italiennes, de près ou de loin! Voilà, voilà...
Sinon, vous allez bien?



Pour fêter le mois de novembre (parce que tout se fête, ici, pas chez vous?...), je me disais que l'on pourrait se régaler de deux recettes simples, liées à ce qui coule de source pour tout Italien : la pasta et la pizza. Sauf que... pour la première, revisitée, façon végétale, et, pour la deuxième, végétale et sans gluten. Ces deux recettes restent très simples en préparation et en ingrédients, mais c'est ainsi que je les aime... Et puis, elles sont saines et gourmandes à la fois, alors, j'imagine que les Italiens ne m'en voudraient pas de bousculer ainsi leurs Grands Classiques!

Des pâtes, et de la pizza, donc. 
Pas en même temps...
Pourtant, quand j'étais petite, je dois vous avouer que nous mangions...les deux au même repas. En fait, je me souviens que parfois, mes parents commandaient une pizza à livrer (et c'était la fête). Sauf que nous n'en avions qu'une (et de taille plutôt petite) pour notre famille nombreuse de voraces affamés, et il fallait donc compléter le repas avec une poignée de pâtes et parfois un peu de salade. Et nous nous régalions d'un repas qui nous paraissait être l'archétype italien autour de la table trop petite (j'arrête, vous allez imaginer ma famille comme une lignée des nouvelles de Maupassant ou des Rougon-Macquart, ce qui n'est absolument pas vrai, nous vivions très bien, point d'inquiétude!)
Ce qui peut donc aujourd'hui paraître comme une aberration à la fois culinaire et nutritionnelle (pâte + pizza, mamma mia, c'est quoi cette famille de fous?...), était plutôt une chance, si vous voulez mon avis...Ainsi, au lieu de manger deux, trois, parfois quatre parts de pizza industrielle comme il se fait "normalement", nous avions tous une assiette composée d'une petite part de pizza, quelques pâtes nature et un peu de salade, ce qui, finalement, était très bon, moins onéreux et plus sain, bravo et merci maman. Voilà pourquoi nous avons longtemps été persuadés que l'Italie était un Ailleurs merveilleux peuplé de bienheureux qui devaient manger à chaque repas de la pizza avec des pâtes dans la même assiette.
 Mais voilà, un jour, j'ai grandi.
J'ai arrêté de croire au père Noël (quoique), à la petite souris, j'ai découvert que les nuages ne nous suivent pas vraiment lorsque nous sommes en voiture, que "Capédépé" n'était pas un réalisateur de film, que "l'art de la luxure" dans les chansons de Notre Dame de Paris n'était pas un art de la joaillerie, que mon papa n'était pas le meilleur homme du monde (j 'ai découvert qu'en réalité, il y a deux meilleurs hommes du monde), que les Barbapapas avaient en fait tous la voix du même monsieur, et qu'en Italie on ne mange pas de pâtes en même temps que la pizza. Que voulez-vous, ainsi va la vie.

Alors, pour me consoler, je mange très souvent les unes, ou l'autre.

J'espère que vous aimerez ces deux petites assiettes! 




Spaghetti aux courgettes et parmesan végétal




Pour une assiette :
-80-120 g de spaghetti au blé complet
-1/2 courgette
-Huile d'olive
-Une cuillère à café de menthe (fraiche ou sèche)

Pour le parmesan végétal :
-1/2 verre d'amandes
-1/2 verre de pistaches (non-salées)
-1 tartine de pain des fleurs au sarrasin
-1 généreuse pincée de sel (selon le goût souhaité)






-Préparez le parmesan végétal :
Mixez tous les ingrédients à sec.

-Préparez les pâtes :
-Coupez finement la courgette et faites-la dorer dans un filet d'huile d'olive entre 3 et 5 minutes (elle doit rester croquante.) Ajoutez la menthe, le poivre, et réservez.
-Faites cuire les pâtes dans une grande quantité d'eau bouillante. Sortez-les une minute avant la fin du temps de cuisson.
-Mélangez dans la même casserole courgettes et pâtes, laisser réchauffer le tout quelques minutes.
-Servez en recouvrant de parmesan végétal, avec éventuellement quelques amandes et pistaches concassées.








 

 

Et la deuxième...

Pizza sans gluten tomate, oignon, pruneau et mâche



 

Pour une petite pizza d'une personne

Pour la pâte
-90 g de lentilles vertes du puy
-1 càs de farine de pois chiche
-1 càs de poudre de noisette

Pour la garniture
-Coulis de tomate (maison ou non)
-4 olives
-1/2 oignon
-2 pruneaux
-miel, sel, poivre
-Un peu de mâche



-Préparez la pâte:
Faites cuire les lentilles à l'eau bouillante pendant 30 minutes.
Mixez les lentilles cuites.
Ajoutez la farine de pois chiche, la poudre de noisette, farinez légèrement si la pâte n'est pas assez sèche, on doit obtenir une boule malléable.
Salez. Poivrez généreusement.

-Étalez la pâte sur un plat recouvert de papier-cuisson. Enfournez pour 15 minutes dans le four préchauffé à 180°.
Sortez la pâte et retournez-la délicatement. Ré-enfournez pour 10 minutes.
Sortez la pâte et étalez la garniture : sauce tomate, lamelles d'oignon, olives, pruneaux. Ajoutez un filet de miel ou de sirop d'agave, et quelques pignons de pin.
Ré-enfournez pour 10 minutes.
A la sortie du four, ajoutez un peu de mâche ciselée, salez et poivrez.

Servez avec une jolie salade de mâche et un peu d'huile de noix...