lundi 30 mars 2015

Bientôt, Avril.





Le vent dans les branches. Le vent dans les volets. Le vent dans les cheveux, les mèches folles que l'on fait exprès de ne pas attacher.
Le jour qui s'invite au thé du matin.
Le jour qui s'invite au retour du soir, la fenêtre ouverte un peu plus, un peu plus souvent, un peu plus grand.
Le manteau d'hiver que l'on range. Le gros pull en laine que l'on caresse avant, avant de le mettre de côté. Le coton sur la
Peau.
Attends, je cherche mes ballerines.
La bougie de l'hiver que l'on
Souffle.
La chaleur du soleil sur la joue. Le vent frais. Le vent doux. Le "on pourrait presque manger dehors". Le "on pourrait presque ranger l'écharpe". Le "on pourrait presque avoir envie d'une menthe à l'eau".
La posture de la feuille pliée. L'air qui ruisselle de chaque côté de la colonne vertébrale.
L'odeur de la Jacinthe dans le salon.
Les premières fraises. Les premières fèves. Les oiseaux qui réveillent. Les fourmis qui grimpent sur la jambe, les premiers bourgeons, le retour de la
Vie, le retour de la
Couleur.
S'étirer.

 

Apprendre une nouvelle. Accueillir les émotions...
Attends, je pense.
Faire un gâteau. Faire plein de gâteaux.
Avoir envie de sauter la barrière et de faire des ronds dans l'eau.
La musique fort, danser, la musique éteinte, silence. Écouter.
Le parfum de l'eau de rose...
Changer, mettre un nouveau bijou, sortir sans sac, se sentir libre, apprendre à calmer l'impatience.
Le parfum de l'huile essentielle de Petit Grain.
Laisser fondre jusqu'au bout le carré de chocolat dans la bouche sans croquer.
Une envie de tiède.
Et cette petite robe à fleurs, celle qui donne l'impression qu'on ne voit qu'elle.
Apprendre à
Attendre.

L'arbre, l'arbre qui doit nous trouver fous, l'arbre que l'on serre, l'arbre qui en a vu d'autres.
La posture de l'arbre, plus difficile les yeux fermés.
Les jeux d'ombres sur les mains.
Attends, je veux sentir l'herbe sous les pieds.
Et le vent, le vent encore, le vent piquant, celui qui fait danser les rideaux et les robes à fleurs, celui qui fait tourner la roue de la vie, celui qui nous pousse en avant,
Vif ou
Lent
Indomptable.

Bientôt, Avril.

 
 
   
 
 
 







mercredi 25 mars 2015

Cornuelles à l'anis







J'ai toujours eu une tendresse particulière pour les recettes régionales. Celles qui, par une curieuse et tacite règle, ne dépassent pas les frontières d'une région, voire d'un département (voire d'une ville, ou d'un village!). A l'heure de la mondialisation, au jour du 'sans frontières', à l'époque où l'on peut se procurer à peu près tout ce que l'on veut via internet, j'adore l'idée selon laquelle il reste des spécialités qui ne se vendent strictement qu'à un seul endroit. Parce qu'ailleurs, on ne les connaît pas, donc on ne les cherche pas. L'autre raison à ces mystères régionaux est également la non-conservation potentielle de ces denrées qui empêcherait tout export... Hors d'une limite tracée sans craie, point de salut pour ces gourmandises. En mangent les chanceux qui habitent sur place, et tourne la roue du monde.

 

Il y a quelques années, nous nous étions lancés dans un amoureux tour de France itinérant, sans port d'attache, avec une valise pleine et un appareil photo. Ce que nous avons particulièrement apprécié, en tant que gourmands, fut de nous rendre, en plus des bonnes tables expérimentées avec un souci à la fois jeune et averti, dans les marchés et boulangeries locales aux quatre coins de la France, pour remarquer avec un amusement toujours accru les particularismes. Oui, en Bourgogne, on vous amène du beurre doux en même temps que le pain sur la table, comme s'il s'agissait d'une chose absolument essentielle et normale. Oui, en Camargue, on dépose toujours à côté de l'assiette un petit pot de fleur de sel. Parfois le pain est très brun, parfois très clair, à la manière d'un ciabatta italien. Sous une certaine limite horizontale, le pain au chocolat ne s'appelle plus DU TOUT "pain au chocolat" mais "chocolatine", et si vous vous tromper, méfiez-vous de passer pour un vilain nordique... Et j'adorais, lorsque j'habitais en Charente, avoir le choix dans les boulangeries entre "chocolatine à une barre" ou "à deux barres". (De chocolat, bien évidemment.)


J'ai grandi à l'Ouest, là où l'on le commerçant dit "voulez-vous une poche?" pour dire "voulez-vous un sac?", là où l'on dit "cela me fait tort" pour dire "cela me gêne" (façon craie sur l'ardoise), là où l'on "débauche à 19h", et où l'on écrit au "crayon de bois".
Et lorsque je vais dans les boulangeries, je vois tout un tas de petites choses qu'il n'y a pas ailleurs, et je suis très heureuse et fière d'habiter ici, et de dire "non merci, pas de poche, c'est pour manger tout de suite".
 La spécialité dont je vous parle aujourd'hui est charentaise. Totalement charentaise. Elle est vraiment connue et classique là-bas, et totalement ignorée du reste de la France, ce que je trouve à la fois dommage et extrêmement charmant.


 



 Les Cornuelles...
En avez-vous déjà vu? (Si vous êtes Charentais, je suis en train de dire de grosses évidences et de vous expliquer ce qu'est une baguette, passez tout cela pour aller voir un peu plus bas!) Les Cornuelles sont de grands triangles sablés qui envahissent littéralement tous les étals des boulangers en cette saison. A l'origine, elles étaient mangées le dimanche des Rameaux (celui qui précède Pâques), et l'on pouvait glisser le rameau en question dans leur petit trou. Leur pic de consommation est donc ce fameux dimanche (celui qui vient!), mais désormais, on peut trouver des Cornuelles tout au long du mois de mars, la saison s'est étendue. (De même que l'on peut trouver des galettes des rois de décembre à février, ou des œufs de pâques pendant tout le printemps, en fait, le commerce a tendance à étaler généreusement les saisons culinaires...) Ainsi, à cette saison (et non le reste de l'année), on en trouve vraiment à chaque coin de rue, et elles connaissent même des customisations (certaines sont faites à base de pâte à choux, fourrées, chocolatées, enfin bref, c'est l'opération top chef  "revisitez la Cornuelle".) ("Et que ça reste croquant gourmand"). Cependant leur version classique reste la plus courante et la plus appréciée : un grand triangle sablé, un trou au milieu, et à chaque coin, des petites graines roses et blanches à l'anis. A l'origine, il s'agissait de graines d'anis toutes simples, mais aujourd'hui, on trouve plus communément les Cornuelles avec des graines qui sont plutôt des petits bonbons. Pour avoir une idée, c'est ici (et je peux vous assurer que cela me fend le cœur de vous mettre un lien vers la page Wikipedia plutôt que de pouvoir descendre en bas de chez moi pour prendre en photo une vraie Cornuelle).
J'habite aujourd'hui toujours la même région, mais plus le même département, bien plus au Nord, et donc, des Cornuelles, je ne vois plus aucune petite graine, pas le moindre bout de triangle... (Ici, à Pâques, il y a d'autres spécialités, dont je reparlerai peut-être. )
Pour me consoler, j'en ai fait plein. Na. Elles sont un peu roots, sans gluten, facilement véganisables. Et totalement adaptables : pour une version très classique, remplacez l'huile de coco par du beurre salé ; pour une version sans œuf, remplacez-le par 3 c.à.s de crème végétale.
Ce qui est drôlement bon dans cette version, c'est le croustillant du biscuit et la douceur des petites graines d'anis tempérées par la saveur de la noix de coco... Et ce qui est magique, c'est la sensation de goûter une spécialité qui reste tellement locale alors qu'elle est délicieuse! Imaginez, vous allez dire à vos amis : "voulez-vous un chocolat, un cookie, ou une Cornuelle charentaise des Rameaux?", ce qui, avouez-le, est sacrément classe...
Convaincus?


 

 

Cornuelles à l'anis

(version sans gluten)


280g de farine de riz complet
50g de poudre d'amandes
75g de sucre de coco 
3 càs d'huile de coco
1 càs d'huile d'olive
1 œuf
80 ml de lait végétal
3 càs de graines d'anis

Note sur les ingrédients : on peut bien-sûr remplacer la farine de riz par de la farine blanche ou toute autre farine, mais le résultat est bien croustillant et léger ainsi. On peut également remplacer le sucre par tout autre sucre (blond de canne par exemple, ou complet), et l'huile de coco par de la margarine ou du beurre (mais pas par une autre huile, le résultat serait un peu trop liquide).
Enfin, pour une version sans œuf, remplacez-le par 3 càs rases de crème de soja, d'amande...
Mais n'hésitez pas, cornuellisez, c'est LE moment où jamais, après ce ne sera plus la saison! :)




Mélangez tous les ingrédients dans l'ordre, pour former une boule malléable. Étalez-la entre deux feuilles de papier sulfurisé dans un très grand plat à tarte (ou sur la plaque du four). Découpez la galette en 8 parts et dessinez les trous caractéristiques à l'aide d'un couteau ou d'un emporte pièce (je tourne à l'intérieur avec l’extrémité du manche d'une cuillère en bois pour qu'ils soient bien arrondis.)
Semez l'anis à chaque angle des triangles, appuyez légèrement pour que les graines adhèrent.



Mettez au frais pour au moins 2 heures, ou toute la nuit.
Peignez l'ensemble d'un peu de lait végétal avant la cuisson.
Faites cuire à 175°, entre 25 et 30 minutes : l'ensemble doit dorer légèrement.
Sortez la plaque du four, et, avec un couteau, retracez les parts. Attendez 10 minutes, puis, à l'aide d'une spatule, déposez très méticuleusement les Cornuelles sur une grille pour qu'elles finissent de refroidir (attention, à ce stade, elles sont encore fragiles!) Elles deviendront solides et croustillantes en refroidissant, tout en restant relativement tendres.
Elles sont meilleures le jour même mais se conservent sans problème 8-10 jours dans une boîte. Vous pouvez les passer quelques minutes au four ou au dessus du grille pain avant dégustation...





Alors, qu'est-ce que vous en pensez, de ces petites Cornuelles?
Y a t-il chez vous aussi des spécialités de Pâques?

Si vous testez la Cornuelle, n'hésitez pas à partager vos photos sur les réseaux sociaux en utilisant le hashtag  #pinceedecel, c'est toujours très inspirant de voir les versions de chacun! 
Prenez soin de vous
<3